Tête de Voltaire par Huber

Cahiers Voltaire: résumes des articles

Sont présentés ici les résumés des contributions à la section «Études et textes», préparés par Alain Sager.

Cahiers Voltaire 1, 2002

André Magnan, Pour Marie-Louise Denis

Qui était Marie-Louise Denis? La tradition biographique s’est montrée généralement sévère à l’égard de la nièce de Voltaire. Sur les extrapolations scabreuses de Longchamp et les ruminations frustrées de Wagnière, les biographes du XIXe siècle ont renchéri, en ajoutant préjugés et stéréotypes misogynes. Au vu de la nouvelle donne documentaire, l’auteur pose les premiers jalons en vue de la réévaluation d’une figure qui constitua sans doute pour Voltaire, hors l’écriture, son lien le plus stable. L’article retrace ainsi les péripéties d’une liaison hors du commun, à travers correspondances et confidences, séparations et retrouvailles. Jusqu’aux derniers jours de la «chère enfant» qui s’éteint le 20 août 1790, moins d’un an avant que la dépouille de Voltaire entre au Panthéon.

Jean-Noël Pascal, «Que la témérité de votre pied est grande»: quelques réflexions autour d’«Œdipe travesti, parodie de la tragédie d’Œdipe de M. de Voltaire»

Le 18 novembre 1718 eut lieu la première d’Œdipe, tragédie de Voltaire. A peine cinq mois après, une parodie de Dominique (Pierre-François Biancolelli, 1680-1734) est créée à son tour. Cette création, qui obtint autant de succès que la pièce d’origine, marque l’acte de naissance de la parodie dramatique au XVIIIe siècle. Par ailleurs, cet Œdipe travesti joua un grand rôle dans les débats qui opposèrent détracteurs et thuriféraires du jeune dramaturge d’Œdipe. L’auteur confronte les deux textes, en tenant compte de la seconde édition de la pièce de Voltaire, et en se faisant l’écho des critiques contemporaines. Il montre comment, en prêtant lui-même la main aux polémiques surgissant autour de sa pièce, Voltaire en assura la promotion et partit à la conquête du statut d’auteur important.

Marc Buffat, Voltaire selon Faguet, ou l’irréligion de Voltaire

Les textes les plus importants qu’Emile Faguet (1847-1916) a consacrés à Voltaire figurent dans le volume Dix-huitième siècle de ses Etudes littéraires et dans un livre intitulé Voltaire. Dans les deux cas, sont envisagés la vie, le «caractère» et l’œuvre voltairiens sous un éclairage critique et dans des termes de désaccord, quoiqu’avec des nuances entre les deux contributions. On peut parler d’un syllogisme de Faguet: la religion manque à Voltaire; or la religion est l’essentiel; donc l’essentiel manque à Voltaire. Le propos de Faguet est ramené à la vision d’ensemble que le critique littéraire propose du XVIIIe siècle. Pour Faguet, la philosophie de Voltaire est régie à la fois par la négation du religieux et par le manque inhérent à cette négation. L’auteur s’interroge en conclusion sur la pertinence d’une telle approche.

Andrew Brown, Une version perdue du «Siècle de Louis XIV

En 1866, un marchand d’autographes parisien mit sur le marché le feuillet d’un manuscrit contenant une version de la fin du chapitre V et de la première moitié du chapitre VI du Siècle de Louis XIV. Cette version apparaît radicalement différente du texte publié pour la première fois en 1746, tout en étant proche de la version berlinoise de 1751. Reproduisant le document en fac-simile, l’auteur retranscrit le texte de cet autographe, avant de donner celui de l’édition de 1751 du Siècle de Louis XIV dans lequel sont soulignés les passages repris du fragment découvert.

Ulla Kölving, Deux lettres inédites d’Emilie Du Châtelet

La première lette inédite est adressée à l’abbé Trublet (1697-1770), censeur royal des belles-lettres et cible immortelle des vers voltairiens du Pauvre diable. Datée du 20 octobre 1738, la lettre fait notamment allusion au «premier ouvrage» de Mme Du Châtelet elle-même, à savoir sa Lettre sur les Eléments de la philosophie de Newton de Voltaire, lettre publiée dans le Journal des savants, dont l’abbé Trublet était membre du bureau des rédacteurs. La seconde lettre, adressée au comte d’Argental (1700-1788), ami et confident de Voltaire et de Mme Du Châtelet, est datée du 8 octobre 1743. Elle témoigne de la détresse d’Emilie, qui se croyait définitivement abandonnée par Voltaire, alors que Frédéric II multipliait les manœuvres pur le retenir en Prusse.

Ulla Kölving et Andrew Brown, Deux lettres inédites de Hénault à Voltaire sur «Le Siècle de Louis XIV»

En 1751, Voltaire envoie à Hénault un exemplaire de la première édition du Siècle de Louis XIV. Voltaire et le président de la première Chambre des enquêtes se connaissent depuis quarante ans. Parmi les réponses de Hénault restées longtemps inconnues, figurent notamment deux lettres inédites à Voltaire que les deux auteurs publient. Des notes identifient les passages du Siècle de Louis XIV auxquels Hénault se réfère, et comportent aussi une indication des suites donnés par Voltaire aux remarques du président.

Jean-Daniel Candaux, Alexandre Romanovitch Vorontsov raconte sa première rencontre avec Voltaire (1758)

«Je me suis rendu au théâtre; on donnait Mahomet et j’ai remarqué que Voltaire s’agitait lorsqu’il estimait que l’un des acteurs donnait à telle ou telle phrase un autre sens que celui qu’il avait voulu». Ce témoignage est extrait des Voyages du comte Alexandre Romanovitch Vorontsov. L’auteur propose le texte d’un important passage de ces Mémoires du prince, relatant sa rencontre avec Voltaire à Mannheim en 1758.

François Bessire, Un après-midi chez Voltaire: récit inédit d’une visite à Ferney

«Il m’a dit quelques choses saillantes, qui dénotaient la vivacité de son esprit; par exemple en parlant de l’air riant de Ferney et des beaux établissements qu’il y avait formés, je lui dis qu’il était là, comme Abraham, au milieu de sa famille. Monsieur, dit-il, je suis bien différent d’Abraham; lui chassait les rois, et moi ils m’évitent». L’auteur publie cette lettre datée de Berne du 29 juillet 1777. Elle est adressée à sa tante par un certain J. de Vrintz, et a été découverte par André Magnan dans des papiers de famille. Mais ni l’épistolier ni sa destinataire n’ont pu être identifiés.

Andrew Brown, Julien Benda, Introduction au «Dictionnaire philosophique» de Voltaire (1935)

«J’avoue que, dans ma jeunesse, je lisais le Dictionnaire avec le culte un peu distrait qu’on porte aux combattants de la première heure d’une lutte désormais finie. Je le lis d’un autre cœur aujourd’hui que je constate que la lutte n’est nullement finie, que l’adversaire auquel il s’en prend mène la bataille avec plus de foi et de vigueur que jamais». Ainsi se termine l’introduction écrite par Julien Benda pour l’édition du Dictionnaire philosophique de Voltaire parue en 1935 dans les Classiques Garnier, et à laquelle s’est substituée en 1967 une préface d’Etiemble. Les lecteurs ont ainsi perdu une présentation capitale d’une des œuvres majeures de Voltaire. Andrew Brown évoque la figure de Julien Benda (1867-1956). Il rapproche les phrases de l’introduction citées ci-dessus du sort de Raymond Naves, collaborateur de Julien Benda, et qui disparaîtra à Auschwitz après y avoir été déporté en 1944.

Cahiers Voltaire 2, 2003

François Bessire, Ferney, les lieux d’un pèlerinage

Aristocrates, savants, confrères, grands esprits et jeunes gens, philosophes ou premiers «touristes»: avec de multiples motivations, le «pèlerinage» à Ferney intéresse des visiteurs de qualité et de statut très divers. L’auteur s’appuie sur une abondante série de récits de visite à Ferney, échelonnés entre 1763 et 1845 et sur une définition du concept de pèlerinage tel qu’il découle de l’anthropologie religieuse moderne. Mais l’expérience de transcendance généralement éprouvée par les visiteurs de Voltaire ne relève en rien d’une manifestation divine ou d’une référence à l’au-delà. Dans le moule d’une démarche traditionnelle, c’est l’homme émancipé et autonome qui trouve à Ferney l’occasion de manifester avec éclat ses possibilités.

Jean-Noël Pascal, Le Ferney d’un jeune Espagnol

En 1807, parait la Jeunesse de Florian ou Mémoires d’un jeune Espagnol, ouvrage dans lequel le fameux fabuliste languedocien livre une autobiographie romancée, les personnages réels apparaissant sous des noms d’emprunt. Ainsi sont rapportés deux séjours qu’enfant, puis adolescent, le narrateur a effectués à Fernixo (Ferney), où il rencontre au milieu de son entourage Lope de Vega (Voltaire) et dona Nisa (Mme Denis). Au-delà des épisodes picaresques et du regard porté par le mémorialiste sur le jeune garçon égocentrique qu’il fut, le texte de Florian nous livre un incomparable portrait de Voltaire à Ferney. Bien plus, ce petit-neveu par alliance que le Patriarche surnommait Florianet a trouvé dans «le jardin enchanté du vieillard souriant» sa vocation d’auteur.

Piotr Zaborov, Ferney vu par les Russes

Du vivant de Voltaire, une vingtaine de visiteurs russes se rendirent à Ferney. Pour la plupart, il s’agissait d’aristocrates éclairés, dotés de préoccupations littéraires. Chez Voltaire, ils venaient trouver «le roi non couronné de l’Europe», le «Patriarche», l’ «ermite» ou encore le «sage» de Ferney. L’auteur dresse la liste de ces personnalités, puis rend compte de leur visite en utilisant principalement la correspondance de Voltaire et les trop rares traces écrites des principaux intéressés, parmi lesquelles le témoignage de la princesse Ekatérina Dachkova (1743-1810). Après la mort de Voltaire, et au cours du XIXe siècle, les «pélerins» russes poursuivent, sous des ormes et avec des centres d’intérêt divers, la tradition inaugurale. Alors qu’on a observé au XXe siècle une interruption quasi-totale de la fréquentation de Ferney par les Russes,l’auteur espère que le siècle naissant restaurera le lien établi jadis

Muriel Cattoor, «Mon château, l’œuvre de mes mains»

En 1758, Voltaire acquiert le domaine de Ferney, où il s’installera presque définitivement en décembre 1760. Le choix du lieu et l’installation revêtent une dimension à la fois stratégique et symbolique. L’établissement dans ce que Voltaire nomme ses «déserts» correspond à la création d’un lieu intermédiaire, favorable à une fuite éventuelle, et dans lequel le «vieux Français» se trouve «le cul par terre entre trois selles» (française, genevoise et suisse). Décentré, Voltaire va créer un nouveau centre de la vie française et européenne. Mais se disant lui-même «homme de lettres, ouvrier en paroles», l’ermite présente sa demeure dans ce raccourci significatif: «mon château, l’œuvre de mes mains». L’auteur montre comment Voltaire cherche à fondre une œuvre, un auteur et un lieu dans un même principe d’écriture créatrice (notamment épistolaire). A l’image de l’ermite malingre, malade et défait, répond la frénésie de construction et de composition du résident et bâtisseur. Et finalement, l’édification de Ferney finira par faire écho à la déification de Voltaire, de son vivant même.

Alexandre Malgouverné, Voltaire et la construction de Ferney

«Fernex, depuis le séjour du grand homme qui en etoit le seigneur, d’un petit et pauvre hameau est devenu un bourg aussi bien bati qu’habité», écrivait en 1779 Morlet du Boisset, militaire chargé des levés de la carte du pays de Gex. A partir de l’étude du fac simile de la comptabilité de Voltaire, et notamment des dépenses affectées à partir de 1768 à un artisan ou à une construction, Alexandre Malgouverné précise la chronologie de la construction du «bourg» de Ferney et souligne l’implication des artisans du bâtiment. Il évalue également le profit que ceux-ci en ont retiré et fixe, outre le coût de fabrication des maisons, le prix des matériaux utilisés. Ainsi voyons-nous naître sous nos yeux une ville nouvelle au siècle des Lumières.

Raymond Trousson, Quand un colonel suisse faisait la leçon à Voltaire et à Rousseau

C’est parce qu’il a été l’oncle de Benjamin Constant et le confident de la future madame de Charrière qu’on se souvient encore de Constant d’Hermenches (1722-1785). Mais à son époque, ce militaire de carrière né à Lausanne put passer pour un familier de Voltaire, auquel il rend visite périodiquement et dont il jouera plusieurs pièces de théâtre, le Patriarche appréciant ses talents d’acteur. Néanmoins en 1763, Voltaire publie son Catéchisme de l’honnête homme, classique profession de foi désiste et universaliste. D’Hermenches prétend répliquer au rationalisme voltairien par le fidéisme consolateur de sa Réponse d’un Suisse au Catéchisme d’un honnête homme, favorable aux religions instituées. Voltaire éludera la discussion avec ce théologien occasionnel. D’Hermenches n’inquiétera pas davantage Rousseau en publiant ensuite des Réflexions d’un Suisse à son fils, sur le Discours de J.J. Rousseau, contre les arts et les sciences, propres seulement à rehausser dans les salons ses talents de brillant causeur et d’aimable homme d’esprit.

Andrew Brown et Ulla Kölving, Qui est l’auteur du «Traité de métaphysique»?

Voltaire n’est pas toujours le seul auteur des œuvres parues sous son nom. A Cirey, il a étroitement collaboré avec Emilie Du Châtelet à des textes scientifiques et philosophiques. Quelle est la part prise par l’un et l’autre dans leur rédaction? Sans pouvoir vraiment fournir de réponse, l’examen d’un manuscrit du Traité de métaphysique, conservé à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint Pétersbourg, éclaire partiellement cette question. Mme Du Châtelet intervient dans l’élaboration de ce texte comme auteur et comme critique. Il est difficile néanmoins de démêler la part prise par chacun, tant l’entreprise menée en commun est conçue par les deux auteurs comme le fruit d’un travail collectif.

Lucien Choudin, Simon Bigex contre Antoine Adam, suite et ...fin? Nouveaux documents inédits sur le père Adam

L’auteur revient sur le conflit qui opposa au château de Ferney l’ex-jésuite Antoine Adam au savoyard Simon Bigex, au cours de l’été 1769. On a pu considérer cet épisode, qui aurait irrité Voltaire, comme «une affaire de pommes», le père Adam ayant accusé Simon Bigex d’avoir volé ces fruits dans un jardin. L’auteur nous livre une pièce dans laquelle la justice condamne le père Adam à une réparation d’honneur (17 novembre 1769). Mais c’est le vainqueur qui s’en va, alors que le père Adam restera en place jusqu’en 1776. L’auteur produit une pièce de cette époque qui témoigne alors de son renvoi par Voltaire. Une ultime pièce des archives d’Etat de Genève enregistre la mort du père Adam le 6 octobre 1787.

Stepan Zakharkine, Une lettre inconnue de Voltaire à Kyiv

L’auteur a exhumé une lettre inédite de Voltaire des Archives historiques centrale d’Etat d’Ukraine à Kyiv (Kiev). Adressé à «mon cher esculape», ce message a certainement pour destinataire le célèbre médecin genevois Théodore Tronchin (1709-1781). Deux autres clientes de Tronchin y sont mentionnées: Charlotte Pictet et la duchesse d’Enville. Compte tenu des circonstances, on peut situer la date de la lettre entre le 23 mai et le 7 juillet 1762. L’auteur appelle à la poursuite des recherches dans les archives d’Ukraine qui pourraient réserver encore bien des surprises.

Sergueï Karp, La «Voltairiade» de Huber: identification d’un tableau

On connaît bien la «Voltairiade» de Jean Huber, cycle pictural conservé au musée de l’Ermitage de Saint Pétersbourg et qui représente la vie du Patriarche à Ferney. Dans cet ensemble figure un tableau d’apparence mystérieuse (reproduit dans l’article) connu sous le titre: «Voltaire dans une scène de théâtre», suivant l’interprétation de Vladimir Frantsevitch Levinson-Lessing en 1936. Mais l’auteur a découvert dans les Archives d’actes anciens à Moscou un catalogue des tableaux de Huber rédigé personnellement par Grimm. Or la description du tableau n° 7 intitulé «le Voleur de bois» correspond trait pour trait à la toile censée représenter «Voltaire dans une scène de théâtre». On peut donc penser qu’il s’agit de sa véritable attribution.

Bruno Demoulin, Documents inédits sur un manuscrit clandestin de la correspondance entre Voltaire et Frédéric II (1758)

L’auteur a effectué des recherches sur les relations entre la France et la principauté de Liège. C’est l’occasion de la découverte d’un échange de correspondance entre Durand d’Aubigny, ministre plénipotentiaire à Liège, et l’abbé comte de Bernis, secrétaire d’Etat. L’examen de ces lettres jette un éclairage nouveau sur le devenir d’un manuscrit de la correspondance entre Voltaire et Frédéric II détenu jadis par un certain Vauger, et dont on peut reconstituer la destination finale.

Dominique Pety, Un poème en prose anti-voltairien des Goncourt: «La maison que j’aime»

En 1868, les frères Goncourt donnent à la Revue des lettres et des arts un poème en prose, La Maison que j’aime. Cette description de lieu essentiellement sensorielle sert de cadre à une grande mise en scène ironique de Voltaire. L’auteur donne le texte de ce poème à la fin de son article. Dans cette maison, Voltaire occupe seul tous les «rayons» de livres. Tour à tour, il promet au vieillard qui habite la demeure «Dieu, le diable et le néant». Voici Voltaire qui «le berce et le berne, qui le turlupine, qui le barbouille, le confesse...». S’appuyant sur de larges extraits du Journal des deux frères, l’auteur éclaire ce texte en montant comment les Goncourt ont porté le fer contreVoltaire, autour de considérations esthétiques, mais surtout avec un enjeu politique central.

Cahiers Voltaire 3, 2004

Henri Duranton, Voltaire et la calotte: histoire d’un exorcisme

Dans de multiples passages de ses œuvres, Voltaire appelle ses confrères en littérature à pratiquer une critique constructive et désintéressée. Mais le Patriarche a-t-il toujours accordé son comportement d’écrivain à ces beaux principes? Ce serait oublier par exemple le véritable acharnement haineux avec lequel Voltaire poursuit ses ennemis J-.B. Rousseau ou Desfontaines. D’une manière générale, si Voltaire se veut un modèle pour son siècle et appelle à la concorde, il ne supporte pas les critiques dont il n’est pourtant pas lui-même avare. Victime de «calottes» (dont l’auteur dresse une liste), il semble bien avoir lui-même sacrifié à cette littérature satirique et burlesque. Son Mémoire sur la satire apparaît alors comme un exorcisme de ce passé «calotin» désormais révolu. Le temps des polémiques autour du «philosophe impie» peut advenir.

Elisabeth Badinter, Le viol de Mme Denis: hypothèse ou roman?

En juin 1753 à Francfort, Mme Denis a-t-elle été victime d’un abus sexuel dont un sbire de Frédéric II se serait rendu coupable? Ou bien l’épisode a-t-il été monté en épingle par Voltaire pour étoffer son réquisitoire contre le roi de Prusse? Sur la base de connaissances récemment acquises et à la lumière de la sensibilité actuelle à l’égard du viol (crime hier minoré), l’auteur reconstitue les faits et ses prolongements, à travers les témoignages et les correspondances de l’époque. Il est très difficile, s’agissant de Voltaire et de Mme Denis, de démêler la part de véracité de leur propos de celle de la comédie qu’ils veulent donner. Mais cette affaire contribuera longtemps à alimenter le contentieux entre Voltaire et le roi de Prusse. Hypothèse ou roman? Aucune option ne peut être écartée.

Lucien Choudin, Bâtir Ferney: le champ de «La Glacière»

L’auteur traite de l’aménagement par Voltaire du champ de la Glacière, un lieu-dit de Ferney, aujourd’hui totalement ignoré. A l’époque de Voltaire, il s’étendait de l’allée du château à la route de l’église actuelle, et de la route de Gex à Genève jusqu’au voisinage du cimetière actuel. Entre 1762 et 1776, dix constructions y sortirent de terre. Le processus est représentatif de l’activité et de la politique immobilière du Patriarche, notamment pour favoriser l’implantation de nouveaux colons. En s’appuyant sur de nombreuses pièces d’époque, l’auteur reconstitue l’historique de ces dix maisons, depuis leur origine jusqu’à nos jours. Sont ainsi analysés dans chaque cas le contrat conclu, les partenaires ou bénéficiaires, la construction elle-même et son devenir. Un plan d’époque et des photos de l’état actuel du site complètent cet ensemble.

Sergueï V. Korolov, Encore des livres retrouvés de la bibliothèque de Voltaire

Telle qu’elle est actuellement constituée, la bibliothèque de Voltaire conservée à Saint Pétersbourg ne reflète pas exactement le contenu des caisses parvenues jadis de Ferney. D’un côté, des volumes d’autres bibliothèques y ont été incorporés. De l’autre, un certain nombre de livres en ont été extraits au profit, notamment, de la Bibliothèque nationale de Russie. L’auteur y a effectué des recherches et livre une liste détaillée de vingt-cinq ouvrages retrouvés, en donnant à chaque fois la référence au catalogue de la bibliothèque initiale que Voltaire et son secrétaire Wagnière avaient dressé.

Nicole Jacques-Lefèvre, «Le monstre subsiste encore»: d’un usage philosophique de la sorcellerie chez Voltaire

Révélant une véritable «passion sorcière», l’œuvre de Voltaire apparaît comme un jalon inestimable dans l’histoire de la représentation de la sorcellerie. L’auteur interroge les manifestations et les enjeux d’un tel intérêt. La sorcellerie trouve naturellement sa place dans le combat contre l’Infâme: la chasse aux sorciers représente pour Voltaire à la fois le symbole de l’absurdité des croyances, et le signe d’une intrusion inadmissible de l’Eglise dans les affaires des Etats. L’importance stratégique de cette mobilisation autour de la sorcellerie apparaît dans les luttes de Voltaire en faveur des différents persécutés: Calas, Sirven, le chevalier de la Barre. Ces nouvelles victimes renvoient symboliquement à la chasse aux sorciers comme au paradigme d’une oppression multiforme dont elles sont les héritières.

Jacques Spica, Territoire de la philosophie

Parce qu’une révolution dans les esprits, dont on doit l’idée à Voltaire, a précédé un renversement de régime, un rapprochement s’est effectué entre Philosophie et Révolution. Aussi peut-on se demander quel sens attribuer au titre de Philosophe que le Patriarche lui-même revendiquait. Pour Voltaire, la philosophie n’est pas un corps de doctrine, mais une force de basculement d’une époque à une autre. Une nouvelle conception du monde s’y fait jour, conforme aux acquisitions récentes de la science, de l’art et de la pensée. Sous l’égide de Voltaire, la philosophie devient un territoire. C’est une force créatrice d’histoire qui introduit l’exigence d’action dans des domaines réservés jusque là à la spéculation. Mais ce mouvement se prolonge dans la fondation d’un territoire nouveau, celui de la littérature en tant qu’elle devient autonome. Elle est dégagée des pouvoirs en place, mais surtout elle réunit sous le règne du Patriarche les trois fonctions constitutives de la société (d’après Georges Dumézil): le prêtre (Voltaire «chef d’Eglise»), le soldat (Voltaire polémiste et combattant), le laboureur (Voltaire à Ferney).

Georges Benrekassa, La double nature du «witz»: les limites de la philosophie

Witz: le terme allemand est improprement rendu par «mot d’esprit» ou même par la «facétie» voltairienne. L’auteur se propose de l’appréhender comme caractéristique d’une forme d’expression philosophique, non pas sur le mode du discours démonstratif ou didactique, mais en tant que le witz représente un style de pensée uni à une autre économie du langage et de la communication. L’auteur suit le parcours sémantique du witz à travers le romantisme (Friedrich Schlegel) puis l’idéalisme allemand pour montrer qu’ils recèlent un impensé que l’»esprit» des Lumières fera apparaître. Chez les penseurs des Lumières, les formes du witz traduisent un rapport complexe à la «transgressivité» maîtrisée de leur pensée. Confrontant à ce sujet Voltaire à Diderot et Rousseau, l’auteur montre que la pratique voltairienne du witz tient à un combat «impur» (cette «impureté» étant constitutive de la notion) contre la vieille rhétorique, en opposant le mot d’esprit au discours, le sarcasme à la sentence, l’ironie au mot d’ordre. L’héritage du witz jusqu’à nos jours porte la marque de ce bouleversement des limites canoniques de la philosophie.

Cahiers Voltaire 4, 2005

André Magnan, «Mes très chers et très aimables enfants...». Une lettre inédite de Voltaire à ses neveux Denis

Qui était M. Denis? L’époux de Marie-Louise Mignot, devenue Mme Denis par son mariage, apparaît comme une figure assez fantomatique du petit monde voltairien. Or une lettre reparue en 2004 dans un catalogue de vente, et adressée matériellement par Voltaire à sa nièce, concerne en réalité aussi ce Nicolas-Charles Denis. Il entre ainsi concrètement dans la liste des correspondants de Voltaire et dans l’espace de ses relations privées. L’auteur donne à lire, d’après l’original retrouvé, cette première lettre de Voltaire aux Denis, datée de «ce 8 janvier a Bruxelles» (I741). Vingt petites lignes «aériennes et câlines» dont André Magnan propose ensuite un commentaire. «Mes tres chers et tres aimables enfans»: entre les deux astres sublimes (Emilie et Frédéric) se dessine à travers le «microcosme» du «couple aimable» des Denis, la sphère modeste d’un espace privé et protégé, dont Voltaire éprouva tour à tour le besoin et le regrat, le désir et la nostalgie.

Charlotte Simonin et David Smith, Du nouveau sur Mme Denis. Les apports de la correspondance de Mme de Graffigny

Les auteurs se proposent de mettre à la disposition des biographes de Mme Denis des renseignements nouveaux, contenus dans la correspondance inédite de Mme de Graffigny, et de jeter un éclairage renouvelé sur les rapports entre Voltaire et sa nièce. La période ainsi couverte part de la première mention de Mme Denis par l’épistolière en décembre 1738, et aboutit à une mention finale en 1756. Sans doute cette correspondance est-elle tributaire de la nécessaire critique des sources. Mais les révélations qui y sont apportées apparaissent essentiellement authentiques, comme celles concernant les rapports de Mme Denis et de son oncle, les secrets de Mme Du Châtelet, l’édition originale de Micromégas, ou encore la perspective d’un mariage entre Voltaire et Mme de Lutzelbourg.

Nadejda Plavinskaia, Trois lettres d’Emilie Du Châtelet retrouvées dans les archives moscovites

L’auteur livre dans l’ordre chronologique le contenu de trois lettres d’Emilie Du Châtelet (dont deux inédites) appartenant au fonds Orlov, archives conservées au Musée historique de Moscou. Le texte du premier autographe figure depuis longtemps dans la correspondance de Voltaire: datée par hypothèse de novembre 1735, la marquise s’y adresse au duc de Richelieu, alors qu’elle mène depuis deux ans avec Voltaire une vie dont elle chante le bonheur. Le deuxième autographe peut être daté du 14 janvier 1737. Il s’agit d’une lettre au comte d’Argental, se situant pendant la crise de l’hiver 1736-1737, quand Voltaire est obligé de fuir Cirey pour la Hollande après le scandale causé par la publication du Mondain. Le troisième autographe, daté du 19 octobre 1738, est constitué du brouillon d’une lettre de l’épistolière à Mme de Graffigny. Emilie lui offre son hospitalité, tout en sollicitant sa médiation dans un procès concernant le legs au couple Du Châtelet d’une propriété flamande.

Andrew Brown et André Magnan, Aux origines de l’édition de Kehl. Le «Plan» Decroix-Panckoucke de 1777

Début octobre 1777, Voltaire reçut à Ferney MM. Panckoucke et Decroix qui lui proposent un cadre formel pour servir de base à une nouvelle édition de ses œuvres complètes. C’est ce Plan, base de l’édition Panckoucke, puis de l’édition de Kehl qui la relaya, que les deux auteurs présentent, en le tirant d’un long oubli des collections de l’Institut et Musée Voltaire de Genève. Ils l’envisagent sous un double éclairage. D’abord sous l’angle d’ un projet laissant indéterminées les perspectives à venir, et ensuite à l’inverse en repartant de l’édition de Kehl pour lire ce Plan à la lumière de son aboutissement. Les deux auteurs donnent le texte du Plan initial avec de très nombreuses notes, puis en annexes le «Tableau» de l’édition de Kehl (dessin reproduit en fac simile), la structure définitive de l’édition, et reproduisent enfin une lettre de Decroix au libraire et éditeur Jacques-Simon Merlin du 6 septembre 1819. L’épistolier y résume l’épopée de la publication de l’édition de Kehl, depuis les débuts de son amitié avec Panckoucke jusqu’au rôle ultime de Condorcet.

Christophe Paillard, Du copiste au secrétaire. Jean-Louis Wagnière, éditeur de Voltaire?

L’histoire des copistes et secrétaires du XVIIIe siècle, médiateurs entre l’auteur et son texte, reste à écrire. Attaché au service de Voltaire de 1754 à 1778, quel rôle exact a joué le Vaudois Jean-Louis Wagnière, que le Patriarche appelait tour à tour «mon scribe», «mon clerc», «mon ami», ou encore le «confident» et le «témoin»? Au terme d’une enquête circonstanciée, l’auteur montre que certains aspects de l’histoire des œuvres complètes de Voltaire et par exemple la présence ou l’absence de certaines pièces dans l’édition de Kehl, s’expliquent par l’action ou l’abstention de Wagnière. Mais ces lumières nouvelles entraînent des interrogations sur le devenir des textes, et sur le statut des additions et des corrections que Wagnière proposa. D’où la nécessité d’une attention renforcée à l’égard du fidèle et zélé secrétaire.

Roger Bergeret, A propos d’une lettre de Christin à Panckoucke. Une correspondance de Voltaire, des originaux à la publication

«Je vous adresse par cet ordinaire sous le couvert de M. de Vergennes une partie de ma correspondance avec M. de Voltaire». Ainsi débute la lettre publiée par Roger Bergeret, et que l’avocat Christin (1741-1799), homme de confiance de Voltaire, avait adressée le 23 septembre 1778 au libraire et imprimeur Panckoucke. On y constate un grand souci de vérité et d’authenticité dans la perspective d’une édition post mortem de l’œuvre du Patriarche. Evoquant les principaux éléments du statut de Christin auprès de Voltaire, dont il est l’exécuteur testamentaire, l’article situe les circonstances de la rédaction de cette lettre, axée sur le projet de Panckoucke d’une «correspondance» du Patriarche. Sont enfin examinées les vicissitudes subies par les lettres de Voltaire à Christin, de l’édition de Kehl à celle de Besterman.

Gabrielle Chamarat, Voltaire et Nerval, délices ou tourments?

Qu’est-ce qui peut rapprocher une pensée areligieuse et polémique comme celle de Voltaire et l’œuvre d’un écrivain romantique comme Gérard de Nerval qu’on juge – à tort selon l’auteur – obscur et peu ouvert à l’»esprit voltairien» ? L’auteur montre que la présence du philosophe est plus importante chez Nerval qu’il n’y paraît au premier abord. Sans oublier l’influence germanique exercée sur son jugement, Nerval apparaît à travers des textes très variés – journalistiques, monographiques, fictionnels - comme un lecteur attentif et original du Patriarche. A la fin de ce parcours, l’auteur montre comment l’ironie satirique de Voltaire est placée par Nerval lui-même en contrepoint des tourments infernaux de la maladie mentale dont Aurelia porte la marque. Plus largement, ce qui unit «les enfants du siècle» au génie voltairien, c’est un scepticisme où l’on reconnaît l’énergie d’une pensée en quête de son propre dépassement, et soucieuse de porter l’homme plus haut. Ce qui fait de Voltaire un moment délectable dans une histoire de la pensée et de la littérature jamais achevée.

Cahiers Voltaire 5, 2006

Gerhardt Stenger, Sur un problème mathématique dans la XVIIe «Lettre philosophique»

Malgré des liens suivis avec Maupertuis, d’Alembert et Condorcet, le rapport de Voltaire aux mathématiques apparaît comme un rendez-vous manqué. Pourtant, devant présenter un aspect essentiel de l’activité scientifique de Newton, il s’est attaché à présenter l’histoire du calcul infinitésimal dans la XVIIe de ses Lettres philosophiques. Ce texte n’a pas attiré l’attention des commentateurs. Or, l’auteur montre que l’information de Voltaire apparaît de seconde main et qu’il n’a pas surmonté les difficultés de la question. Celles-ci concernent la relation entre les suites infinies, la formule binomiale et le calcul infinitésimal. Est aussi concernée la fameuse querelle sur la priorité dans l’invention des suites infinies et du calcul infinitésimal qui opposa Newton à Leibniz.

Gilles Plante, Un secret bien gardé: «La Cabale» de Saint-Foix, «parodie» muselée de «Sémiramis»

La création de Sémiramis en 1748 semblait pouvoir être lue exclusivement sous l’angle de la querelle de Voltaire avec Crébillon père, les projets de parodie de la tragédie apparaissant comme de lamentables échecs. Or, Gilles Plante a identifié Poullain de Saint-Foix (1699-1776) comme l’auteur d’une véritable parodie de Sémiramis, sous couvert de sa pièce intitulée  La Cabale  (1749), à condition d’utiliser les bonnes clés de lecture. Il nous livre ces clés, notamment en confrontant les épisodes initiaux du manuscrit de 1749 à la version imprimée de 1762. Ainsi,  La Cabale  présente tous les aspects d’un pamphlet bien ficelé contre le Patriarche. Il revient pour finir aux problèmes en suspens concernant les motivations de l’ouvrage, la «guerre civile» entre Voltaire et Crébillon, et les menées erratiques de la censure.

Françoise Tilkin, L’expression littéraire des valeurs dans» Le monde comme il va»

Reprenant les présupposés de l’approche des contes voltairiens effectuée par Roy S. Wolper, l’auteur applique à l’étude du Monde comme il va une question d’ordre général: comment le récit présente-t-il et ordonne-t-il les valeurs qu’il transmet inévitablement? Divers procédés interviennent dans la «mise en texte des valeurs». L’auteur envisage successivement: 1) dans le péritexte (cf. G. Genette): le rôle du titre; 2) dans le texte: la redondance, la structure de l’histoire, les faits de voix et de mode qui fondent l’autorité narrative; 3) la caractérisation des personnages. Conte-type à structure d’apprentissage, le Monde comme il va est mis au service de la satire (comment juger Persépolis?) et d’un jugement conceptuel et moral (comment juger du bien et du mal?). C’est la stricte analyse interne qui permet d’établir le lien entre le texte et ses valeurs, ce préalable nécessaire n’excluant pas, dans l’esprit de Françoise Tilkin, l’examen des rapports de l’auteur et de son œuvre, le souci du contexte social ou l’intérêt porté à la forme seule.

Kees van Strien, Les voltairiana des archives diplomatiques néerlandaises

Les archives néerlandaises sont relativement riches en documents voltairiens et en voltairiana. L’auteur a dépouillé les archives des Etats généraux de Hollande, du stathouder et de deux figures politiques importantes de l’époque: Pieter Steyn (1706-1772) et Hendrik Fagel (1706-1790). Il s’est concentré sur les années 1750-1753, période du dernier séjour de Voltaire à Berlin. Des documents contribuent ainsi à éclairer ce qu’on a appelé «l’affaire Hirschel» du nom de ce juif en procès avec Voltaire. D’autres concernent l’arrestation, puis la séquestration de Voltaire à Francfort, épisode remarquable de ses relations avec Frédéric. Tous ces éléments incitent à soutenir une attention renforcée à l’égard de ces archives.

Lucien Choudin, Bâtir Ferney: les maisons du «champ Brelet»

Quand à la fin de l’année 1762 Voltaire eut achevé la reconstruction de son château, il s’attela à la construction du village de Ferney. C’est sur un immense pré, le «champ Brelet», qu’il établit les acteurs principaux de cette tâche: maçons, charpentiers, notaire, et le fidèle Wagnière. En choisissant cet emplacement, Voltaire redéfinit le centre du village. L’auteur retrace la destinée de ce lieu stratégique en détaillant les concessions d’artisans accordées par Voltaire et Mme Denis. Ayant restitué l’affaire de la maison Raffo, il relate ensuite l’installation de Wagnière au champ Brelet, tout en soulignant l’implication du zélé secrétaire dans la vie communale. La reproduction d’un beau pastel de Wagnière, ainsi que des photos d’états successifs de sa maison jusqu’à nos jours complètent l’ensemble.

Irina Zaitseva, Des «marginalia» inédits de Voltaire sur deux livres de sa bibliothèque retrouvés à Tsarskoë Selo

On découvre toujours des fragments inédits de Voltaire. Ce fut encore le cas en 2005 avec la découverte dans la collection de livres rares du Musée d’Etat de Tsarskoë Selo, de deux ouvrages ayant figuré dans la bibliothèque de Voltaire à Ferney, et qui portent des annotations de sa main. Il s’agit d’œuvres philosophiques de Fénelon en deux volumes (Amsterdam, Zacharie Chatelain, 1731) et d’un Essai général de tactique du comte de Guibert (Londres, Libraires associés, 1772). Outre des marques de lecture diverses, ces deux ouvrages totalisent soixante-neuf marginalia voltairiens. L’auteur donne un relevé de ceux-ci sur le livre de Guibert, inédits jusqu’ici, en se proposant d’effectuer ultérieurement le même travail pour Fénelon.

Branko Aleksic, Voltaire lu par Rétif

L’auteur présente un texte qu’il donne en appendice, à savoir cinq feuillets relatifs à Voltaire, extraits du Memento, titre donné à un carnet de Rétif de la Bretonne. Les références incessantes de Rétif et l’admiration vouée au Patriarche lui ont valu le titre de «Voltaire des femmes de chambre» Faut-il entériner ou rectifier ce jugement sévère des contemporains? L’auteur retrace les rapprochements qui, depuis Nerval, ont associé les deux écrivains. Dans la lignée des travaux de Pierre Testud (voir par exemple Rétif de la Bretonne et la création littéraire) l’auteur montre à la fois le désir de Rétif d’être reconnu par Voltaire, mais aussi le fait que le Patriarche a méconnu le dépassement par Rétif de son statut initial d’écrivain autodidacte issu du peuple.

Cahiers Voltaire 6, 2007

Kees Van Strien, «Il n'est rien de tel que l'à propos...» L'accueil fait en Hollande aux Vers à Guillaume van Haren (1743)

A l'été 1743,sur le chemin de la Prusse, Voltaire séjourne à La Haye. Avant son départ, la monarchie française lui a proposé une mission auprès de Frédéric II pour sonder ses intentions concernant la guerre de Succession d'Autriche, dans laquelle la Hollande est impliquée. Dans ce contexte, Voltaire écrit douze vers sur Willem van Haren (1710-1768), poète, et surtout député pro-anglais, avec l'espoir de le gagner à la cause française. «Ta Gloire, ta vertu est de vivre sans maître / Et mon premier Devoir est de chérir le mien». L'auteur reconstitue les vicissitudes de ce poème, depuis ses cinq éditions successives et ses diverses traductions, jusqu'à la parodie dont il fut l'objet. Car le poème provoque une polémique retentissante. Considéré par Voltaire comme une «fadaise» il exprime en réalité le contraste entre la liberté hollandaise et l'asservissement sous une monarchie. Par où se trahit aussi l'embarras du chargé de mission, sujet du roi de France.

Andrew Brown et Ulla Kölving, Un manuscrit retrouvé de l'Essai sur les mœurs

A la fin de 1753 paraît chez Jean Neaulme une version altérée de l'Essai sur les mœurs, sous le titre d'Abrégé de l'histoire universelle. Soucieux de rétablir les véritables formulations pour éviter d'être compromis au regard de Versailles, Voltaire s'adresse à divers correspondants auxquels il a confié des copies de son texte. Les auteurs ont retrouvé dans la bibliothèque ducale de Gotha le manuscrit anonyme détenu par la duchesse de Saxe-Gotha et dont Voltaire avait fini par lui laisser la garde. Intitulé Essai sur les révolutions du monde et sur l'histoire de l'esprit humain depuis le tems de Charlemagne jusqu'à nos jours, il comprend un Avant-propos (dont les auteurs donnent le contenu intégral) suivi de 87 chapitres. Les auteurs relèvent enfin de grandes similitudes entre le texte redécouvert et la version de l'ouvrage parue dans le Mercure de France en 1745-1746.

David Smith (avec Andrew Brown, Daniel Droixhe et Nadine Vanwelkenhuyzen), Robert Machuel, imprimeur-libraire à Rouen, et ses éditions des œuvres de Voltaire

La collection des «œuvres complètes» de Voltaire a connu de multiples rebondissements et de nombreux promoteurs. Les auteurs sortent de l'ombre trois éditions d'œuvres réalisées entre 1748 et 1764 par Robert Machuel, grand spécialiste rouennais des éditions clandestines. Ils éclaircissent les circonstances de leur publication tout en examinant la complexité des liens qui les unissent. Ils se penchent d'abord sur la première édition collective supprimée à la demande de Voltaire, puis sur l'édition séparée de La Henriade de 1748 qui en aurait été tirée. Examinant plus rapidement les Œuvres de 1750, les auteurs étudient ensuite «le véritable monstre bibliographique» que constitue à leurs yeux la Collection complète de 1764. On trouve à la fin de l'article la reproduction des bandeaux et des culs-de-lampe gravés utilisés par Robert Machuel.

Moulay-Badreddine Jaouik, La part de l'islam dans l'élaboration du théisme voltairien

Doctorant de l'Université de Rouen, membre du Cérédi (Centre d'études et de recherche éditer-interpréter) l'auteur suggère qu'en lisant le Coran, Voltaire adhère à nombre des propositions qu'il renferme et que l'islam en général lui fournit divers éléments pour concevoir le «nouveau croyant» au théisme dont il fixe le «prototype». L'auteur montre l'intérêt précoce de Voltaire pour l'islam, puis comment la parenté entre le théisme voltairien et la religion de Mahomet se précise de plus en plus. Il en veut pour preuve le résultat de la comparaison qu'il établit entre l'article «Théiste» du Dictionnaire philosophique et des surates du Coran. Si l'islam a assisté le philosophe dans le procès d'un certain christianisme, «la religion de Voltaire» apparaît aussi comme une «religion de la réconciliation» qui réunit, au-delà des confrontations critiques et des paradoxes, deux religions que l'histoire a marquées du sceau de l'antagonisme. En définitive, l'islam représenterait le plus petit dénominateur commun des formes de religion épurées, naturelles et vraies dont Voltaire se fait le héraut.

François Bessire, Cédez aux lumières des ombres»: Charles-Louis Richard persécuteur de Voltaire

Qui se souvient du dominicain Charles-Louis Richard (1711-1794)? Grand oublié de la correspondance de Voltaire comme des biographies du Patriarche, il apparaît pourtant comme un adversaire à la fois virulent et particulièrement original des philosophes, et de Voltaire en particulier. Dans son Epître à Boileau, ou mon testament (1769), celui-ci s'en prend aux apologistes de la «vraie religion» et conclut par ce vers présageant un combat posthume : «S'ils ont des préjugés, j'en guérirai les ombres». Dans son Voltaire parmi les ombres, le père Richard retourne contre le philosophe le dispositif destiné à assurer sa postérité. Il renvoie les «Lumières» aux ténèbres et attribue aux «ombres» le pouvoir d'éclairer la véritable croyance. Devant Voltaire finalement réduit aux terreurs de l'expiation, Aristophane parle en dévot chrétien, Bayle justifie l'intolérance, Socin renie son hérésie... Le royaume des ombres se présente comme l'antimonde des philosophes : il y a incompatibilité absolue entre les Lumières et la religion.

Andrew Brown, Le Discours à l'Académie française de 1778 et les derniers écrits de Voltaire

«Messieurs, j'ai cru ne pouvoir mieux témoigner ma respectueuse reconnaissance à l'académie qu'en lui proposant une entreprise digne de sa gloire...». Ainsi commence le texte inédit du «discours» ou «projet de discours» prononcé par Voltaire lors de la séance de l'Académie française du 7 mai 1778, en vue d'inciter ses confrères à entreprendre un nouveau dictionnaire de la langue française. En publiant ce texte, l'auteur relate les circonstances qui l'ont accompagné ainsi que les difficultés que Voltaire rencontre auprès de ses confrères. Il aura sans doute surestimé leur enthousiasme, les capacités de survie du projet et les siennes propres. A sa mort, l'Académie rejette le fardeau imposé par son directeur et revient temporairement à ses habitudes.

Lucien Choudin, Ils ne voulaient pas l'enterrer... Grands émois à Ferney en juin 1778

On connaît les enjeux et les manoeuvres qui entourèrent la mort de Voltaire à Paris, ainsi que les péripéties survenues dans la capitale autour de la question de l'inhumation du philosophe en terre chrétienne. Il manquait les réactions du clergé local. L'auteur comble cette lacune en présentant et en publiant la correspondance échangée entre Pierre Hugonet, curé de Ferney et Mgr Jean-Pierre Biord, évêque d'Annecy, ces documents étant conservés à l'Institut et Musée Voltaire (Genève). Il y ajoute une pièce supplémentaire, à savoir l'article inséré par le roi de Prusse dans la Gazette de Berlin du 30 mai 1780.

Gérard Gengembre, Etait-ce la faute à Voltaire? L'antivoltairianisme de Bonald

L'auteur s'emploie à montrer pour quelles raisons Voltaire occupe une place de choix parmi les cibles favorites de Louis de Bonald (1754-1840), théoricien de la Contre-Révolution. On ne peut comprendre ce statut particulier qu'en rappelant la célèbre formule de Bonald : «la littérature est l'expression de la société». Il y a réciprocité entre l'état moral d'une société et l'art, notamment sous sa forme littéraire. Alors Voltaire apparaît comme le paradigme et l'expression d'une déliquescence des mœurs (à travers son théâtre) et d'une décadence dont témoigne son œuvre d'historien discrédité, de philosophe railleur et désolant, de prosateur déclassé. C'est pourquoi l'antivoltairianisme se situe au centre de la dénonciation par Bonald du siècle des Lumières, de la Révolution et de la conception moderne de l'écrivain.

Cahiers Voltaire 7, 2008

Béatrice Ferrier, Le Samson de Voltaire: un «nouveau genre d’opéra»

En collaboration avec Rameau, Voltaire s’attache à partir de la fin de 1753 à la réalisation de Samson, une œuvre par laquelle il souhaite renouveler le genre. La tradition de l’opéra y est habilement exploitée en rapport avec le sujet biblique. L’œuvre lyrique est haussée à la noblesse de la tragédie antique, grâce à la prééminence de l’épique sur la pastorale. En transférant à l’épisode de l’Ancien Testament la dimension de merveilleux habituellement réservée à la mythologie, Voltaire use du grand spectacle pour remettre en cause les vérités bibliques, finalement assimilées à des fables. Les codes de l’opéra traditionnel sont ainsi transgressés au profit des idées contenues dans les Lettres philosophiques. L’article retrace les vicissitudes de la composition dont les deux étapes principales sont regroupées dans un tableau génétique et chronologique.

Stéphane Lamotte, Voltaire, le jésuite et la pénitente: l’affaire Girard-Cadière

En 1731, les relations entre le père Girard, jésuite, et Catherine Cadière, sa pénitente, font l’objet d’un procès retentissant, sur fond d’accusations de sorcellerie, d’inceste spirituel et de quiétisme. L’auteur se propose d’inventorier et d’analyser les rapports méconnus tissés entre cette affaire et l’œuvre de Voltaire. Sur la base d’une quinzaine de références, on peut dégager trois thèmes qui préoccupent Voltaire: le libertinage, la sorcellerie et le système judiciaire. Oscillant entre l’amusement et la condamnation de «l’infâme», le Patriarche demeure objectif et ne cède pas à l’anti-jésuitisme primaire. De fait, les circonstances ne se prêtent pas à l’engagement pour les grandes causes qui prévaudront dans les années 1760. L’affaire sert plutôt de «réservoir» pour les ingrédients sulfureux ou ridicules dont Voltaire parsème son œuvre.

Robert Chamboredon, Des placements de Voltaire à Cadix

Sur la base du «Registre des expéditions pour l’Amérique» conservé aux Archives départementales du Gard, l’auteur examine les placements effectués par Voltaire à Cadix, par l’intermédiaire des frères Gilly. On y découvre que, parmi les cinq cents personnes intéressées aux opérations vers le Nouveau Monde, Voltaire arrive en onzième position par l’importance des sommes engagées. Dans quelle mesure Voltaire fut-il impliqué dans la traite négrière ? Parmi les soixante-trois placements qu’il a effectués, l’affrètement du «Saint-Georges» en 1751 comportait une escale en Guinée, destinée au chargement d’esclaves. Pour l’auteur, Voltaire a su qu’il était indirectement et à son corps défendant impliqué dans cette opération. Mais, sur fond de naufrages et de dérèglements spéculatifs, les désillusions vont succéder aux espérances mises par le Patriarche dans la libéralisation du commerce hispano-américain. Outre des fac-similés des pages du «Registre», l’article comporte en annexes les ventilations des placements de Voltaire par navire, par destination et par type d’affaires.

Marc Hersant, Le Commentaire historique sur les œuvres de l’auteur de la Henriade: Voltaire historien de lui-même

Le Commentaire historique sur les œuvres de l’auteur de la Henriade peut à bon droit être attribué à Voltaire comme une authentique tentative d’écriture de sa propre vie. Mais que signifie le choix de la raconter à la troisième personne ? On peut lire ce Commentaire comme l’édification par l’auteur de sa propre statue, à l’heure où s’esquisse le retour triomphal à Paris. Mais on peut aussi le considérer comme une synthèse des représentations que Voltaire veut laisser de lui-même, nonobstant de subtils signaux d’auto-dérision. Alors on comprendra que l’auteur choisit de dire «il» par méfiance à l’égard du narcissisme du «je», afin de consacrer à travers la figure du grand homme une fonction sociale monumentale et véridique. Dans un certain sens, le Commentaire traduit un refus radical de ce qu’on appelle communément «autobiographie».

Cahiers Voltaire 8, 2009

Michel Porret, Voltaire, justicier des Lumières

On connaît les causes célèbres auxquelles Voltaire a attaché indéfectiblement son nom. Mais l’auteur les replace dans une réflexion plus vaste sur le droit de punir, une immense question à laquelle les Lumières prêtent toute leur attention. Le siècle est marqué notamment par la publication du Traité des délits et des peines de Beccaria, auquel Voltaire a consacré un commentaire. Exemplaire du réformisme de son temps, mais dépassant le propos de Montesquieu, Voltaire radicalise et politise son combat moral. Critiquant l’autorité traditionnelle en matière de droit de punir, il envisage «le modèle punitif idéal» autour du «travail qui corrige en régénérant socialement», dans le respect absolu de l’intégrité physique et morale du justiciable. Les causes célèbres de Voltaire sont bien inséparables de la défense du genre humain.

David Smith et Andrew Brown, La publication à Paris des Œuvres de Voltaire par Michel Lambert en 1751

Un «monstre bibliographique»: ainsi David Smith et Andrew Brown qualifient-ils la première édition des Œuvres de Voltaire du libraire Michel Lambert parue en 1751. L’article reprend chronologiquement l’histoire de cette publication. Commencée sans l’approbation de leur auteur, et sans qu’il ait pu ultérieurement corriger les épreuves, cette édition témoigne cependant du caractère tout à fait extraordinaire des mesures prises par Lambert pour tenir compte des exigences de Voltaire: à cet égard, certains des onze volumes ont été modifiés et réorganisés après leur impression même. Bien que l’illustre auteur ait marchandé ses éloges, le succès remporté par cette édition est largement justifié, grâce à la commodité de son format, à la qualité du papier et de l’impression, et à sa disponibilité immédiate auprès du public parisien.

Bertram E. Schwarzbach, En leurs propres mots: les lectures hébraïques de Voltaire

Partant de la traduction et de l’étude par Voltaire de certaines prières de la liturgie juive, l’auteur se demande à la fois où il les a trouvées et quels autres textes il a pu lire. A part les Livres de l’Ancien Testament, les ouvrages de la bibliothèque de Voltaire sont constitués des Voyages de Benjamin de Tudèle, de quelques polémiques, d’un guide des rites et cérémonies et de la Mishnah traduite et commentée par Willem Surenhuys. De leur côté, l’étude et la traduction par Voltaire des prières juives révèlent des choix et des adaptations qui peuvent être contestés, mais qui ne manquent pas de générosité. Le Patriarche était-il antisémite? Conscient des limites des ses sources, il n’a certes pas approfondi ses connaissances imparfaites, mais a pu dans certains cas prendre fait et cause pour la défense des Juifs.

Andrew Brown, Des notes inédites de Voltaire: vers une nouvelle édition de ses carnets

«149. Il y a une grande différence entre avoir de l’esprit pour soi, et pour les autres» – «640. Averroès est l’auteur du Mallebranchisme» - Ces deux phrases figurent parmi les quatre-vingts notes inédites de Voltaire qu’Andrew Brown répertorie et publie. En 1802, ont paru des Pensées, remarques et observations de Voltaire, ouvrage posthume. Mais la découverte d’une version antérieure et manuscrite de ce recueil, due à Nicolas Ruault, permet d’ajouter au corpus connu les notes mentionnées ci-dessus. Outre la recherche de leurs sources originales, il importerait de compléter l’édition de l’ensemble des «carnets» de Voltaire, en prolongeant le travail initié par Besterman entre 1952 et 1976. L’auteur propose d’accomplir cette tâche de découverte d’inédits ou de remaniement de l’existant, en mode électronique, autour d’une édition du texte intégral des carnets déjà publiés (voir c18.net/vo-carnets).

Alexandre Stroev, Comment Serguei Pouchkine vola Voltaire

L’auteur retrace la biographie d’un aventurier, qui est aussi le grand-oncle de l’illustre poète et dramaturge russe, et dont la particularité réside dans le fait d’avoir croisé la destinée de Voltaire, aux dépens de celui-ci. En 1760, le Patriarche attend de Saint Pétersbourg des documents pour poursuivre la rédaction de l’Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand. On lui dépêche Serguei Pouchkine, sergent de son état. Le soldat «escamote» le paquet contenant 2000 ducats et une collection de médailles: les honoraires et les sources historiques ont disparu à jamais pour Voltaire. Escroc et faussaire, le malfaiteur défraiera la chronique à travers toute l’Europe, avant de finir ses jours comme forçat dans un bagne russe.

Olivier Courcelle, Des fêtes du Pôle aux geôliers et couvents de France: itinéraire de deux Lapones

Mais qui étaient «les deux filles Lapones», présentes sur le vaisseau qui ramène des savants d’une expédition, et qui est saisi adroitement par Micromégas dans le conte de Voltaire? L’auteur s’est penché sur la célèbre mission scientifique française conduite par Maupertuis en 1736, et dont l’épisode de Micromégas se fait l’écho. En réalité suédoises et de culture finnoise, nos héroïnes étaient sœurs et s’appelaient Christine et Elisabeth Planström. L’article retrace l’histoire de ces filles, depuis les fêtes, les colins-maillards et les bals «polaires» jusqu’aux péripéties métropolitaines. Si le sort de Christine (à qui Maupertuis a «tourné la tête») peut se résumer à sa vie en pension à l’abbaye normande du Trésor, il n’en va pas de même pour Elisabeth dont les démêlés conjugaux ont défrayé pendant des années la chronique judiciaire.

Guillaume Métayer, Le «Candide» d’un voltairien fin de siècle, Jules Lemaître

L’auteur nous convie à une «réception» de Voltaire au tournant du XIXe et du XXe siècles, à travers la figure de Jules Lemaître, écrivain et critique, politiquement conservateur et antidreyfusard. On trouve des exemples du voltairianisme tel qu’il l’entend aussi bien chez le critique des Contemporains que chez le conteur d'En marge des vieux livres. Mais c’est dans Les médaillons, un recueil poétique de sonnets sur les grandes gloires littéraires françaises qu’on trouve un long poème concernant  Candide, relu en quatrains et en alexandrins. Lemaître reprend à nouveaux frais la question posée par son illustre modèle, celle de la valeur de la vie. Au-delà de son kitsch et de ses facilités, le poème reflète assez fidèlement l’interrogation passionnée du conte voltairien et sa réponse asymptotique.